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22/08/2009

La presse politique congolaise à Léopoldville en avril 1963

Voici un inventaire de la presse politique congolaise à Léopoldville écrit en avril 1963, j'attends en réponse d'un de mes lecteurs un pareil relevé de la presse d'aujourd'hui en République démocratique du Congo et plus particulièrement à  Kinshasa.


Du premier hebdomadaire de l'Abako "Kongo dia Ngunga" paraissant dès 1952 à l'organe du Muel "Nouvelle Face", fondé en mars 1963, nombreux furent les journaux politiques crées à Léopoldville.
"Présence Congolaise" commença à paraître dès 1956 comme bimensuel supplémentaire au Courrier d'Afrique dont il fut séparé en 1959.
L'hebdomadaire "Congo" fondé en 1957 par Philippe Kanza et Mathieu Ekatou, fut supprimé la même année mais il réapparut en novembre 1959 et devint même quotidien en 1960 du début août à la mi-septembre. Il était de tendance pro-gouvernementale aussi cessa-t-il de paraître après l'installation des commissaires généraux.
Mais la véritable naissance d'une presse congolaise coïncide avec la lute pour l'indépendance. Aussi de nombreux journaux politiques virent le jour en 1959 et notamment: Emancipation (Parti du Peuple), Indépendance (MNC Lumumba), Kongo Dieto (Abako), Liberté, devenu plus tard Congo Libre (PNP), Notre Kongo (Abako), Solidarité Africaine (PSA), La Voix du Peuple (MNC Kalonji).
En 1960, ce fut spécialement le cas de: Actualités Africaines, l'Aurore du Kongo (Abako), La Nation Congolaise (Puna), La Vérité (Céréa Kashamura).
En 1961: Bantous (de tendance modérée pro-Iléo),  L'Echo du Bas-Congo (Abako), Le Kongolais ou Le Démocrate Kongolais (Abako), Le Matin (pro-lumumbiste), La Semaine (pro-lumumbiste).
En 1962: Afrique Réelle (indépendant), Kongo ya Lelo (édition en lingala de Présence Congolais, La Nation (hebdomadaire pro-gouvernemental, Le Progrès (quotidien pro-gouvernemental), La Relève (Rassemblement National de la Jeunesse Congolaise), Voici l'Heure (indépendant), La Voix du Tiers-Monde (PNCP), Le Vrai Visage (PNP).
Plusieurs de ces journaux n'eurent qu'une existence éphémère, d'autres ne paraissent que d'une manière intermittente. Aussi la presse politique paraissant régulièrement à Léopoldville en avril 1963 est-elle considérablement réduite et ne comprend plus en ce moment que: Actualités Africaines, Afrique Réelle, Le Courrier d'Afrique,, Le Progrès et Présence Congolaise.
Les périodiques que nous avons mentionnés jusqu'ici ne comprennent ni les publications éditées en province, ni les organes des syndicats ou mouvements de jeunesse tels Notre Droit pour l'UTC, Le Travailleur Kongolais de la CSLC, Pédagogie de la CEC, le Bulletin de la JOC, les Echos de Lovanium, etc, ni les publications officielles tels Congo Magazine (Ministère de l'Information), Congo dans le Monde (Ministère des Affaires étrangères, Nouvelles Congolaises (Ministère de l'Information), Presse Hebdomadaire et Nzangu za Luzingu (Kongo Central) ou para-officielles comme la Voix du Kwilu (Kwilu), ni les revues non politiques comme "Antennes" que publie l'Université Lovanium depuis 1961/62 ou "Eva", le mensuel pour femmes paraissant depuis 1960, ou plus spécialisées comme Etudes Congolaises (revue éditée en commun par l'Institut national d'études politiques et le centre de recherche et d'informations socio-politiques) et Présence universitaire (Lovanium), ni le groupe de publications diffusées par l'Office de Diffusion de la Presse Catholique à Léopoldville: Afrique Chrétienne, hebdomadaire d'informations générales s'adressant plus particulièrement aux jeunes de l'enseignement secondaire, Antilope, bimensuel illustré pour les jeunes de l'enseignement primaire, Cadicec, la revue des cadres et dirigeants chrétiens des entreprises, Documents pour l'Action, revue bimestrielle de formation des cadres, Hodi, bimensuel d'information en swahili, Voir et Savoir, magazine mensuel de culture générale.
Cette recension ne relève pas non plus les périodiques édités à Léopoldville par des groupements politiques angolais; Mondo pour l'Aliazo, La Nation Angolaise pour l'UPA (Roberto Holden et Nekala) et Unidade Angolesa pour le MPLA (Mario de Andrade), ou par des ambassades par exemple Perspectives Américaines.

Commentaires

Je suis tombé, par hasard, à la Royale sur une collection de "La Voix du Congolais", revue des "évolués" pleine de
recommandations qui sentent bon les "Bons Pères". "Abandonnez vos superstition, pas de polygamie, pas d'alcoolisme etc..."
La première page d'un numéro de 1952 était consacrée à un édito, signé d'un Congolais, rédigé d'un ton assez polémique,
sur le statut des "évolués" et illustré d'un bois, le portrait de...Lénine !
Mon beau-père, Lucien Colson, fut attaché de presse de Buisseret en '57 et '58. Préfet de l'A.R. de Luluabourg, il fut chargéde mission à Léopoldville, après les émeutes de janvier '59. Il s'agissait de "recruter" des journalistes congolais "laïques" et je suppose d'en incorporer certains dans une loge. Je crois que ce fut le cas de Bomboko.
Luluabourg fut une sorte de laboratoire pour la promotion des élites congolaises avec le siège d'une Ecole des cadets (formation d'officier de la FP), d'un Athénée dit "interracial" et l'inscription de quatre Congolais à l'A.R.
Je me souviens aussi de la visite d'un représentant du MNC Lumumba. Ce parti était assez faiblement représenté au Kasaï.
Il y eut, en 1959, une sanglante guerre civile opposant Luluas et Balubas.
Le PNP, surnommé Parti des nègres payés..., déjà avant l'Indépendance.
Bien à vous.

Thierry Delforge

Écrit par : anneet | 23/08/2009

Presse congolaise : 50 ans au service de la Nation sans contrepartie significative


La presse est ce fleuron que l’immense majorité de tout peuple aime, que les Etats craignent et que les anarchistes détestent.
En République démocratique du Congo, la presse est animée et très appréciée par le petit peuple à cause du rôle qu’elle n’avait cessé de jouer dans la lutte pour l’indépendance nationale et pour soutenir les efforts des forces vives du pays dans leur quête permanente de démocratie et d’un Etat de droit.
A l’accession de la RDC à l’indépendance, la configuration de la presse nationale n’avait pas beaucoup changé parce qu’elle était toujours quasiment soutenue et contrôlée par les missionnaires qui avaient seuls le pouvoir d’engager ou de révoquer les Journalistes, de disposer des imprimeries et suffisamment d’argent acheter des intrants nécessaires à la fabrication de leurs titres et à payer leur personnel.
A cette époque déjà lointaine, les journaux édités par les missionnaires se limitaient à diffuser des informations générales à côté de nouvelles à caractère religieux, sportif ou pédagogique.

La presse de nouveaux alphabétisés

II y a lieu d’indiquer que tous ces journaux ou périodiques publiés par les missionnaires étaient destinés à l’élite intellectuelle qui parlait et écrivait le français comme langue de travail et, bien entendu, aux étrangers qui avaient besoin de savoir ce qui se passait dans leurs pays de provenance.
Avec le temps, les missionnaires avaient décidé de publier quelques pages magazines écrits dans les quatre langues dominantes du pays pour les nouveaux alphabétisés en se limitant aux informations générales et aux articles à caractère éducatif, pédagogique et récréatif.
Comme à l’époque coloniale, les journaux et périodiques à caractère politique en provenance de l’étranger étaient exclusivement destinés aux expatriés (blancs ou autres) ou à une catégorie de Congolais qu’on appelait «EVOLUES » et disposant de leur légendaire « carte de mérite civique » qui leur accordait le droit d’accéder aux bibliothèques réservées aux expatriés, à certains magasins et à certains lieux de divertissement également réservés toujours aux seuls expatriés.
A l’indépendance le titre le plus important qui s’imposait invariablement aux Congolais et aux expatriés s’appelait «Courier d’Afrique», Courraf pour beaucoup son Directeur responsable s’appelait Gabriel Makosso, l’unique Plume d’or reconnu par tous à l’époque.
Ce journal était d’obédience chrétienne catholique et dépendante de la conférence épiscopale du Congo.
A cette même époque il y avait des journaux et périodiques qui venaient concurrencer Courrier d’ Afrique. Il s’agit des journaux Afrique Chrétienne, La Libre Belgique, Figaro, Pourquoi pas, Le Soir, Spécial, Le Monde. Toutes ces publications étaient destinées à la seule élite congolaise et étrangère!

La presse en langues nationales

A un moment donné, grâce à l’augmentation rapide du nombre de nouveaux alphabétisés, notamment dans la catégorie de la population constituée d’ouvriers qualifiés et d’artisans indépendants, l’idée de créer des organes de presse écrits presque exclusivement dans les quatre langues nationales fut lancée par l’église catholique.
S’agissant précisément de cette presse en langues nationales qui prit un essor extraordinaire par la suite, la première expérience très avait été tentée dans l’ancienne province du Kivu à travers un hebdomadaire appelé Hodi dont les éditeurs qui se sont succédés s’appelaient Jean-Marie Kititwa et Bamporiki Chamira.
Ce grand journal populaire qui avait étendu son influence au
Katanga et en Province Orientale était plus ou moins une copie conforme du journal « Temps nouveau d’Afrique » édité’ par la société des Pères Blancs d’Afrique à l’imprimerie «La presse Lavigerie » à Bujumbura et dont le chairman fait le Burundais Alexis Munyagaju.

A côté des journaux et périodiques bien organisés sous la coupole du clergé catholique, il y avait des périodiques créées par des indépendants congolais qui étaient soit des syndicalistes, soit des indépendants dont les bailleurs de fonds étaient des partis politiques ou des commerçants acquis à leur cause.
Tous ces journaux et périodiques libres dans deux expressions même si de temps en temps on jetait leurs éditeurs en prison avant de les relâcher avant longtemps. A cette époque qui avait suivi la proclamation de l’indépendance du Congo on avait jamais des cas de journalistes morts pour avoir écrit ceci ou cela. Car, la seule puissance qui départageait les journalistes et les hommes au pouvoir était le grand public qui connaissait tout et s’intéressait à tout. Et la censure des articles à publier par les journalistes des pays n’existait pas!

Le monopole d’Etat

Il n’ y a pas grand-chose à dire en ce qui concerne la presse audiovisuelle dans les années ayant suivi la proclamation de l’indépendance car l’Etat en détenait le monopole, les journalistes de l’Unique radio ou télévision nationale ne pouvaient être que des fonctionnaires avec un numéro matricule collé au dos de chacun d’entre eux. Les informations que ces derniers donnaient au public ne devraient exprimer que le point de vue du gouvernement et les initiatives des journalistes étaient souvent interprétées comme des actes d’insubordination et parfois de rébellion envers le pouvoir établi!
Le 24 novembre 1965 est une importante date à retenir pour connaître les hauts et les bas de la presse en République démocratique du Congo.
Quelques semaines après la prise du pouvoir par Mobutu, un article de presse révélait ce qui allait être fait dans les jours à venir par la presse du pays. Cet article était intitulé comme suit : Fondement constitutionnel des régimes politiques en Afrique.
Cet article avait été imposé pour publication à tous les journaux et périodiques qui paraissaient à l’époque pour indiquer ce qu’il fallait écrire et ce qu’il ne fallait pas écrire dans leurs colonnes.
S’étant aperçu que les propriétaires des organes de presse tenaient toujours à leur liberté d’expression et se moquaient des intimidations dont ils avaient été l’objet, Mobutu avait décide de « reformer » la presse nationale.
La réforme des années 70
Dans la tête du dictateur la réforme de la presse dont il s’agissait c’était tout simplement la suppression de tous les titres publiés sous l’égide des confessions religieuses !
On connaît la suite. Etant donné que beaucoup d’organes de presse étaient financés plus ou moins à 100% par les Eglises (Eglise catholique en tête de liste), c’est pratiquement tous les journaux et périodiques qui avaient été frappés de la mesure de cessation de paraître !
Nous sommes dans les années 70, 71, 72 et 73 quand les fameuses mesures de zaïrianisation et de radicalisation étaient tombées. Pour contrôler en particulier la presse écrite, Mobutu avait créé la DPN (il faut traduire ce sigle par la Direction de la presse nationale), un service spécial rattaché à la Présidence de la République à un budget costaud qui permit la mise en place et le fonctionnement de nouveaux organes de presse contrôlés directement par lui.

Il y avait à l’époque jusqu’au 6 avril 1989 deux quotidiens nationaux dont l’un était publié le soir, le journal ELIMA, tandis que l’autre paraissait le matin, le journal SALONGO.
Pour relayer ces journaux qui étaient en fait ses principaux organes de propagande politique rapprochés, Mobutu avait doté chaque province d’un organe de presse qui sortait au moins une fois par semaine.
C’est ainsi qu’au Kivu on a vu l’hebdomadaire JUA (Bilingue), l’ hebdomadaire Boyoma en Province Orientale, l’hebdomadaire Kimpangi dans la province du Bandundu, l’hebdomadaire Mambenga dans la province de l’Equateur, l’hebdomadaire Dimukai au Kasaï Oriental et Kapia l’hebdomadaire paraissant pour le compte du Kasaï Occidental.
La plus grande agence de presse
Comme source commune d’informations, Mobutu a renforcé l’autorité médiatique de l’Agence Congolaise de presse qui était à l’époque la plus importante agence télégraphique d’Afrique centrale.
C’est le lieu de dire qu’à l’époque seule l’ACP (AZAP) détenait les nouvelles destinées à être publiées sur le compte du pays.
Autrement dit, toute information concernant la RDC qui n’a pas l’ACP comme source n’est pas digne de crédit.
Pendant 32 ans, la presse a été au service d’un régime politique dictatorial, mais elle n’était pas aussi pauvre et négligée comme c’est le cas de le dire aujourd’hui où elle est considérée comme l’ennemi numéro un de ceux qui sont au pouvoir !

La presse a été au service d’un régime dictatorial pendant 32 ans, mais des morts à l’initiative du pouvoir en son sein sont inexistants.
Tout le monde reconnaît que la presse a été le fleuron de l’indépendance et de la démocratie en RDC. Elle a été au service de la Nation sans contrepartie significative.
Le mot de la fin est une question adressée aux dirigeants du pays : uelle sera la politique du gouvernement en matière de presse à la veille du centenaire ?



La Tempête des Tropiques
Kinshasa, 12/07/2010 (Bamporiki Chamira, via mediacongo.net)

Écrit par : anneet | 12/07/2010

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