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16/08/2010

Exposition "Indépendance" au MARC

L'exposition du Musée royal de l'Afrique centrale consacrée à l'"Indépendance" de la République démcratique du Congo me permet de formuler quelques remarques.
A juste titre au tableau des martyrs de l'Indépendance Simon Kimbangu fut retenu comme premier martyr, suivi de Patrice Lumumba et puis des 4 pendus de la Pentecôte, par contre à moins de n'avoir pas bien lu je n'ai pas vu les compagnons de Lumumba morts à E'ville Okito et Mpolo, je n'ai pas vu non plus les 9 lumumbistes tués à Bakwanga, pas plus que Mulele; concernant les travaux de la "Commission d'enquête parlementaire chargée de déterminer les circonstances exactes de l'assassinat de Patrice Lumumba et l'implication éventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci" on aurait pu mentionner qu'ils doivent être rendus publics et largement diffusés au Congo, comme le demande sa fille Juliana Lumumba car ces faits appartiennent à l'histoire du Congo.
On aurait aussi pu soulever la question des frontières du Congo car ces frontières ne sont pas le fait des peuples du Congo mais des étrangers colonisateurs lors de la Conférence de Berlin. L'Etat nation n'existe pas encore (La nation belge non plus mais c'est une autre affaire!).
Un autre point que je n'ai pas remarqué et qui selon moi a dû avoir une influence néfaste pour le premier gouvernement congolais c'est la présence auprès de presque tous les cabinets ministériels de "belges progressistes" démocrates chrétiens ou socialistes (depuis Benoît Verhaegen à l'économie jusqu'à Ernest Glinne à l'information).
Quant aux 4 langues nationales retenues et qui font suite aux 4 langues vernaculaires de l'administration coloniale je regrette amèrement cette limitation; il est nécessaire de préserver la richesse de toutes les langues du pays et le meilleur moyen de faire serait d'apprendre à lire et à écrire dans la langue maternelle puis de passer à la langue française devenue nationale.
Je me permets encore de faire une remarque concernant les élections; pourquoi la Table ronde a-t-elle prônée des élections sans doute parce que les délégués étaient membres de partis politiques et que le modèle belge d'accession à la démocratie a prévalu, on a ainsi donné la victoire, ce qui était prévisible aux nationalistes les plus pointus et le Congo a perdu la sagesse des personnes expérimentées membres des divers conseils (territoire, district, province, gouvernement général); les élections ne sont pas la seule voie démocratique du pouvoir, de plus les élections créent des antinomies et des oppositions durables contraires aux mentalités africaines les plus courantes; Laurent-Désiré Kabila avait voulu instaurer une démocratie directe depuis la base par des comités du pouvoir populaire.
Ces quelques petites remarques n'enlèvent rien à cette excellente exposition qui devrait être vue par tous "belges et congolais",. (Durant mes études secondaires j'ai très souvent visité le musée avec mon grand père l'entrée à l'époque était gratuite; il est vrai qu'il servait à éclore des vocations coloniales).

N.B.: J'ai vécu au Congo belge durant l'année 1959. J'ai embarqué à Melsbroek pour Paulis le 4 janvier au soir. J'y allais dans le cadre d'une étude du Cemubac sur la régression démographique zande. J'ai résidé toute l'année à Paulis avec de nombreux déplacements et séjours dans des villages zande  et boa. Constatant l'apartheid qui sévissait au Congo belge j'ai adhéré au MNC et milité pour l'indépendance. Bien entendu mes contacts fréquents avec les autochtones m'ont valu un rapport de la sûreté coloniale dont je ne suis pas peu fier et m'obligea à réintégrer l'Institut de Sociologie Solvay à Bruxelles dès la fin de l'année. Ce retour inopiné  ne m'a pas empêché par la suite de faire une accrière de 30 années au Congo. Durant tout mon séjour je me suis rappelé l'enseignement du professeur René Dekkers qui disait très justement: "Ce ne sont pas les Congolais qui sont venus chez nous. C'est nous qui sommes allés chez eux... moins par amour pour eux que pour notre profit. Ce faisant, nous avons introduit au Congo un genre de vie, un rythme de vie, une mentalité,... des institutions totalement étrangers aux Congolais....  La terre est inaliénable.. Tout ce qu'un chef peut concéder, c'est le droit de l'occuper, de l'exploiter, d'y construire.... Nous leur avons apporté les problèmes; à nous de les résoudre." (Confessions à Mathieu Kalenda", revue Synthèses, n°157, juin 1959).