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22/10/2017

Pierre de Schlippé, un précurseur de l'anthropologie agricole

15:19 Publié dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (1)

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L'ingénieur agronome et africaniste Pierre de Schlippé (1904-1960) qui oeuvra après la guerre 40-45 et jusqu'en 1961 dans le nord-est du Congo en pays zande, fut un des promoteurs de l'anthropologie agricole. Il a exposé l'essentiel de cette discipline nouvelle dans son ouvrage malheureusement peu connu "Méthodes de recherches quantitatives dans l'économie rurale coutumière de l'Afrique centrale", 'Ministère des Colonies, Bruxelles, 1957, 112 p.). Il y démontre l'importance des études préconisées par les problèmes pratiques suivants énoncés par lui même: "- Faut-il mécaniser les travaux de défrichement ...? Généralement nous répondons à cette question par l'affirmative parce que, selon nos connaissances théoriques, acquises dans un milieu écologique et culturel très différent, la mécanisation est un grand élément de progrès. Cette réponse étant basée sur une ignorance, la probabilité qu'elle amènerait un progrès réel dans les tropiques humides est par conséquent très faible. Il n'y a donc rien d'étonnant qu'en pratique... la mécanisation de défrichements se soit montrée destructive du milieu culturel aussi bien que du milieu écologique. Elle s'est heurtée aux liens écologiques basés sur l'instabilité des sols tropicaux et aux liens culturels qui ont bouleversé le droit foncier et de là la structure sociale, sans parler de l'annihilation complète des institutions de types de champs. Pour moi personnellement il n'y a pourtant aucun doute qu'un beau jour nous arriverons à mécaniser les travaux agricoles sous les tropiques, si nous procédons pas à pas en respectant, à chaque étape, les liens culturels et écologiques. - Faut-il introduire une culture ou une variété que l'on sait être d'un rendement supérieur à la culture ou variété coutumière qu'elle est destinée à remplacer? Certes, mais pas avant de s'être assuré que l'avantage d'un plus grand rendement n'est pas annulé par un désavantage écologique, telle l'incompatibilité avec son périodisme avec la succession de façons culturales du type de champs dont elle fera partie, ou par un désavantage économique, telle une récolte coûteuse , un poids mort au portage, une difficulté de conservation, un goût moins apprécié. - Peut-on exiger du cultivateur africain tant d'ares d'une culture de rapport déterminée, plus tant de telle autre et tant d'un troisième? On doit d'abord faire l'analyse de l'emploi du temps du cultivateur et de la répartition de son effort d'auto-subsistance dans le courant de la saison. Il est évident qu'une limite sera atteinte, au delà de laquelle la production de rapport se fera aux dépens de valeurs sociales bien plus importantes.... - Faut-il introduire un assolement dans la coutume agricole? Certes puisque... la transition vers l'agriculture sédentaire est nécessaire et que cette transition ne saurait se faire autrement que par la prise sous contrôle de la longue jachère naturelle, indispensable à la régénération du sol; en l'introduisant dans une rotation de cultures. La question devient donc: est-il possible d'introduire un assolement sans faire violence au système coutumier d'agriculture, ni au point de vue des limitations écologiques, ni à celui des lies culturels? ... Un assolement, autant que toutes les autres améliorations et innovations, ne pourra donc être greffé, sur le système coutumier, avec succès, qu'à la condition d'études régionales préalables..." (pp.16-17 ouvr. cité).

Écrit par : anneet | 22/10/2017

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