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27/11/2017

Actualités du passé colonial belge

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J'ai participé à la journée d'étude du 24 novembre dernier sur les "actualités de notre passé colonial" en qualité de citoyen acteur et témoin. La journée était organisée par Bepax et Etopia.
J'y ai entendu quelques énormités comme l'incongruité des statues de Léopold II ou de l'existence du MARC Tervuren.
Pourtant sans Léopold II pas de Congo car c'est bien lui qui obligea des peuples jadis opposés à vivre ensemble, aussi est-il le fondateur du Congo et son effigie mérite certes une place d'honneur au Congo à moins qu'on ne soit pour l'implosion du pays ce qui est peut-être une option.
Quant au MARC il est d'abord la mémoire des peuples de l'Afrique centrale et de leur environnement naturel et accessoirement celle des réalisations coloniales.
Je suis assez enclin d'affirmer que sur le plan matériel (communications, santé, enseignement, développement économique y compris travail forcé et cultures obligatoires) la colonisation belge en Afrique centrale d'une durée d'un peu plus de 50 ans fut certes une réussite mais il n'empêche qu'elle fut un crime puisqu'elle imposait à bien des peuples la culture du vainqueur. J'ai connu le Congo belge pour y être arrivé le 5 janvier 1959 pour une vaste étude sur la démographie zande (Bas et Haut-Uélé, Province orientale) et y constatant l'apartheid j'ai milité au sein du MNC pour l'indépendance immédiate. La sûreté coloniale fit pression sur mon employeur le Cemubac pour me faire réintégrer l'Institut de Sociologie Solvay à Bruxelles. Il n'empêche que des janvier 1961 j'étais à nouveau au Congo d'abord à Stanleyville et ensuite à Kinshasa jusqu'en juillet 1990. J' entrepris des missions au Kasaï et au Katanga.
L'héritage colonial des banoko est positif sur le plan matériel mais négatif sur le plan culturel et la résultante en est que 57 ans après son indépendance le pays s'enfonce toujours dans ses contradictions existentielles dans bien des domaines comme l'imposition linguistique coloniale de 4 langues comme une agression culturelle à l'égard de toutes les autres langues des peuples congolais au même titre que le rejet d'autres valeurs comme l'âge précoce du mariage, la palabre, la pérennité du pouvoir, la vie collective, les activités communautaires, les mariages multiples, la non-accumulation personnelle de biens à l'exception des chefs garants de la sécurité communautaire, l'inaliénation de la terre, la solidarité clanique, l'héritage des veuves, la fraternité élargie à tous les enfants d'un même père ou d'un même oncle, les guérisseurs, devins et autres thérapeutes traditionnels, etc...
Les langues coloniales sont devenues nationales, le nouveau code de la famille impose 18 ans pour âge du mariage alors que toutes les grands mères congolaises ont été mariées bien avant, la palabre modèle démocratique consensuel est remplacée par les élections qui divisent la société, les colons exploitants forestiers qui devaient replanter une superficie égale et réserver un certain pourcentage du bois coupé à un usage local ont cédé la place à de simples pilleurs, la prostitution infantile dans les rues de Kinshasa n'a rien à voir avec les ébats masturbatoires collectifs des jeunes villageois mais dérive des préceptes castratrices religieux, le président ne peut exercer son pouvoir que durant 2 mandats... bref il faut vivre comme à Paris ou Washington pour les hommes nouveaux que sont les congolais présents des villes devenus des acculturés écartelés entre leurs valeurs ancestrales et celles de la modernité.
Je suis ahuri de la réussite de la propagande missionnaire chrétienne auprès des congolais au point que ces derniers ignorent le plus souvent qu'ils étaient animistes tout en conservant encore quelques attributs. L'Europe et tout le bassin méditerranéen furent aussi colonisés par Rome qui imposa le christianisme au point que les croyances et mythologies des premiers peuples européens, les Celtes, Gaulois, Germains, Slaves et Baltes, sont absentes de leur mémoire collective et toujours peu connues des spécialistes. Mon point de vue en ce domaine pour l'Afrique subsaharienne est sans équivoque sur la bible et la cosmogonie négro-africaine. La bible n'y a pas sa place. "Lorsque les missionnaires sont venus, nous possédions la terre et eux possédaient la bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Lorsque nous les avons rouverts, nous possédions la bible et eux possédaient la terre," Jomo Kenyatta. Ces paroles du leader historique du Kenya résument à elles seules le bien-fondé de la question. L'utilisateur du bâton d'Ishango n'a pu connaître la bible. Mais d'une façon plus générale j'ajouterai que parler du christianisme c'est lui faire beaucoup trop d'honneur quand on sait qu'il est apparu sur terre il y a seulement 2000 ans, qu'il s'est imposé d'abord à l'empire romain par la conversion de Constantin puis au monde par la conquête, l'inquisition, la négation des peuples autochtones, la traite des noirs et la colonisation. Et que dire alors des hommes ayant précédé le christianisme il y a au moins 3 millions d'années avec Lucy et probablement 7 millions d'années avec Toumaï. De plus je ne suis aucunement persuadé sur le postulat d'un Dieu créateur et tout puissant (3 pouvoirs: esprit, science, politique) dans la cosmogonie kongo et/ou négro-africaine. Que Ekumani Wetschi, Simon Kimbangu, les auteurs Henri Morlighem et Tiarko Fourche d'Une Bible noire-cosmogonie bantu, le belge Placide Tempels, le rwandais Alexis Kagame, le malien Doumbi Fakoly..... en soient persuadés tient peut-être à leur formation. Ce Dieu premier ne vient-il pas d'un syncrétisme religieux inspiré par la Bible et les textes pharaoniques égyptiens (base de notre civilisation gréco-romaine). Je suis seulement convaincu de la valeur très universelle du souvenir des ancêtres.

Écrit par : anneet | 27/11/2017

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